Le Programme Ecolo’Tech

Billetterie ouverte !

Ecolo’Tech se tiendra le jeudi 7 novembre 2019 de 8h30 à 17h à la MSH SUD, Site Saint-Charles 2 de l’Université Paul Valéry Montpellier 3. Inscription en ligne avant le 31 octobre. Rendez-vous sur la billetterie de l’événement ici.

Tarif Normal : 15€ / Tarif réduit : 5€

________________________________________________________________________________________________________________________

L’édition 2019

Le jeudi 7 novembre 2019 à la MSH SUD, Site Saint-Charles 2

 

Téléchargez le programme en cliquant ICI

 

Deux sessions sont proposées :

Session 1 : Ré-ensauvagement : quelles conséquences (risques et bienfaits) pour la société et les écosystèmes ?

Ouverture :

  • Gilbert Cochet et Béatrice Kremer-Cochet : agrégé des sciences de la vie et de la terre, attaché au Muséum national d’histoire naturelle, expert au Conseil de l’Europe, président du Conseil scientifique de la réserve naturelle des Gorges de l’Ardèche, administrateur de l’ASPAS, livre « Ré-ensauvageons la France » avec Stéphane Durand chez Actes Sud, livre « Ré-ensauvageons l’Europe » en cours (sortie prévue au printemps 2020 chez Actes Sud).

  • Olivier Tinland : Directeur-adjoint de l’équipe du Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences Humaines et Sociales (CRISES – EA 4424) et maître de conférences en Philosophie.

Conférences :

Estienne Rodary – IRD

Politiques de ré-ensauvagement ou ensauvagement de la politique ? 

Lire la suite

Le « ré-ensauvagement » comporte, au-delà des débats sur ce qu’est la nature sauvage, une contradiction insurmontable liée au caractère interventionniste de ces politiques de retour à la nature.

Historiquement marquées par une forte propension à l’interventionnisme sur les dynamiques écologiques, les politiques de conservation de la biodiversité avaient, ces dernières années, opéré un basculement favorisant un certain laissez-faire en matière de gestion des espaces « sauvages ». Mais la crise écologique mondiale et la revalorisation des positionnements biocentriques remettent au goût du jour l’objectif politique de création d’une nature sauvage. Cet objectif est d’autant plus fort qu’il s’inscrit dans un contexte de remise en cause de la séparation entre l’humain et la nature : puisque les deux sont désormais connectés, un objectif politique d’ensauvagement ne parait plus intrinsèquement contradictoire. Armés d’une batterie de facteurs et d’instruments, les gestionnaires, ingénieurs, biologistes et écologues évaluent désormais le degré de perturbation d’un milieu, les références écologiques qu’il faudrait retrouver, les moyens à mettre en œuvre pour cela et les indicateurs à suivre pour juger de la réussite du ré-ensauvagement. Depuis le renaturation des cours d’eau jusqu’à la restauration écologique, en passant par la dés-extinction d’espèces, le monde de la conservation foisonne aujourd’hui de projets de rewilding.

Ces projets comportent des limites potentielles, liées au manque de connaissance sur les dynamiques écologiques et aux polémiques récurrentes sur « l’état de nature ». Mais c’est, plus fondamentalement, l’intentionnalité qui constitue la limite la plus rédhibitoire à ces entreprises de ré-ensauvagement. Investir ce domaine sur un mode gestionnaire, instrumental et d’ingénierie constitué d’interventions, d’objectifs et de corrections prolonge plus qu’il n’inverse la tendance à la maîtrise et au contrôle de la nature.

Il apparaît donc a contrario qu’une véritable politique de ré-ensauvagement ne devrait pas envisager d’intervention sur la nature, mais au contraire viser un désengagement par rapport aux objectifs et aux moyens des politiques de gestion de la nature et d’ingénierie écologique. Abandonner les pratiques et les représentations gestionnaires et technoscientifiques, c’est-à-dire lâcher prise dans notre rapport à la nature, pourrait en ce sens constituer la véritable entreprise d’ensauvagement nécessaire pour répondre aux enjeux actuels de la crise écologique. 

 

Gilles Raye – Ministère de l’environnement

Rewilding et politiques publiques.

Lire la suite

L’Etat et ses opérateurs publics, à travers les plans nationaux d’action pour les espèces protégées et les stratégies nationales, soutient le « rewilding » depuis de nombreuses années (ex. PNA vautour fauve et activités d’élevage). Il conduit une évaluation des services rendus par ces opérations afin que le rewilding soit compris, au delà des aspects écologiques, comme un outil de développement des territoires ruraux.

 

Olivier Barrière – IRD

Le ré-ensauvagement, enjeu d’une coviabilité socio-écologique ?

Lire la suite

Le ré-ensauvagement repose sur la relation de l’humain au non-humain ; et appelle à repenser la frontière entre les deux, nous conduisant à la question de la séparation. Face à l’urgence écologique ne faut-il pas se dégager de cette représentation en se réinitialisant par une non-séparation de la culture à la nature ?

Une centaine de chercheurs et enseignants chercheurs de disciplines très différentes, allant des mathématiques, etc. jusqu’à l’anthropologie, se sont mobilisés sur l’enjeu d’une continuité, s’interrogeant par-là sur la césure définissant l’ontologie naturaliste (le sauvage / le non-sauvage). Cette mobilisation s’est formalisée dans un ouvrage collectif portant sur un nouveau paradigme, la coviabilité socio-écologique, pour reconnecter l’homme à la biosphère (2019, Coviability of social and ecological systems…, 2 vol., Springer edition, Barrière et al. ; la version française en co-édition Matériologiques-IRD, parution fin 2019).

La coviabilité socio-écologique se définit comme une propriété de dépendance des interactions entre systèmes humains et non-humains établissant un lien de viabilité permettant de maintenir le vivre ensemble. La coviabilité inscrit ainsi la transition écologique dans une perspective de « viabilité » plutôt que de « développement ».

La coviabilité socio-écologique s’illustre notamment dans :

  • les systèmes de penser, d’être et de faire de peuples qui restent intégrés à la nature, ce qui nous amènera à une présentation des ontologies des rapports sociétés/nature ;
  • les colonies d’abeilles mellifères faisant la jonction entre l’homme et le « sauvage », comme modèle d’indicateur de coviabilité ;
  • différentes échelles : internationale, dans le concept des Nations Unies de « vivre en harmonie avec la nature » ; nationale, dans une refondation du droit de l’environnement pour se dégager de l’ontologie naturaliste ; locale, dans une territorialité du droit pour une effectivité de la régulation par le moyen d’un droit négocié.

Christophe Morantin – Syndicat agricole, Confédération paysanne

L’agriculture paysanne face au ré-ensauvagement.

Lire la suite

Depuis quelques années, on observe une augmentation du nombre d’achats de terres en vue de les soustraire à toute activité humaine, y compris agricole, dans l’idée de permettre à ces territoires parfois immenses de retourner à l’état sauvage. Parallèlement à ce phénomène, l’expansion de la population de loups en France (doublée de la réintroduction d’ours dans les Pyrénées) engendre des dégâts considérables sur les troupeaux et génère des conflits de plus en plus forts entre éleveurs, naturalistes, touristes, populations locales,… Enfin, face au constat alarmant de perte de biodiversité, l’agriculture et l’élevage sont souvent montrés du doigt.

Dans ce contexte, la Confédération paysanne peine parfois à faire entendre son projet d’agriculture paysanne : défendre des paysannes et paysans nombreux pour une agriculture respectueuse des travailleurs, des consommateurs, des plantes cultivées, des animaux d’élevage et des ressources naturelles. Tout cela pour offrir à la population une nourriture de qualité basée sur l’utilisation de ressources et de processus naturels. Jusqu’à récemment, l’essentiel des combats du syndicat consistait à défendre les droits des paysans, notamment celui à la terre, et à dénoncer les conséquences désastreuses de l’agriculture industrielle. Mais aujourd’hui, avec la crise écologique, la Confédération paysanne doit aussi faire face à une vision de la nature portée par certains courants de pensée qui voient dans le ré-ensauvagement et le développement des grands prédateurs une réponse aux problèmes environnementaux, quitte à exclure les paysans de leurs terres en disqualifiant leurs pratiques. 

Pour nous paysans, non seulement il n’est pas possible d’accepter de disparaître au nom de la protection de la nature alors même que c’est notre travail quotidien qui permet aux femmes et aux hommes de se nourrir, mais nous défendons également l’idée que les pratiques paysannes soutenues par des politiques publiques adaptées sont mieux à même de répondre aux défis écologiques et sociaux actuels. Pour nous , le ré-ensauvagement ne permet pas de sortir des logiques capitalistes qui ont conduit au désastre écologique, logiques desquelles on ne sort pas en donnant une valeur à la nature et en privatisant les territoires. A l’inverse, l’agriculture paysanne ne dissocie pas les questions écologiques des questions sociales et propose un projet de société global. Plus qu’une idée de nature absolue, la Confédération paysanne défend des relations équilibrées entre l’homme, l’environnement naturel et les espèces avec lesquelles il a co-évolué. 

 

Sophie Monsarrat – Department of Bioscience – Ecoinformatics and Biodiversity, Université d’Aarhus (Danemark)

Ré-ensauvagement trophique : état des connaissances scientifiques, défis et opportunités. 

Lire la suite

Jusqu’à la fin du Quaternaire, les écosystèmes terrestres étaient peuplés d’une large abondance de grands animaux. Des éléphants étaient par exemple présents de la Patagonie aux îles britanniques et au Cap il y a encore 10 000 ans. Cette diversité a considérablement diminué avec l’expansion globale d’Homo sapiens, et ce déclin se poursuit encore aujourd’hui, entraîné principalement par la conversion des terres à l’agriculture et une chasse non durable. Le rôle essentiel de la mégafaune pour le fonctionnement des écosystèmes et la régulation de processus globaux tels que le climat ou le cycle des nutriments est par ailleurs démontré de manière plus en plus claire. Le ré-ensauvagement trophique est une approche de restauration écologique qui consiste à réintroduire certaines espèces sauvages de haut niveau trophique, généralement des grands mammifères, en vue de rétablir le fonctionnement des écosystèmes. Cette pratique, de plus en plus mise en œuvre en conservation, fait l’objet de nombreux débats. Cette conférence présentera un état des lieux des connaissances scientifiques sur le sujet et exposera les défis et opportunités présentés par le ré-ensauvagement trophique, en se basant sur des résultats issus d’études théoriques et de terrain. Nous aborderons notamment la question du potentiel de ré-ensauvagement d’après notre connaissance de la distribution et de l’abondance historique des populations, en prenant également en compte les effets du changement climatique. Le ré-ensauvagement trophique est une pratique prometteuse pouvant offrir des solutions aux défis globaux posés par la dégradation des écosystèmes. Néanmoins, davantage de données et une approche pluridisciplinaire mêlant écologie, sociologie, économie et politique sont nécessaires pour comprendre pleinement l’impact de cette méthode pour les écosystèmes et la société.  

 

Marie Lusson – IRSTEA

Recréer ou laisser-faire les rivières, la restauration peut-elle devenir un réensauvagement ?

Lire la suite

Les objectifs de « bon état » de la Directive Cadre-sur-l’Eau (DCE/2000) impliquent des opérations de restauration hydromorphologique et écologique. Il s’agit de redonner aux rivières une forme et un fonctionnement propices à la vie aquatique. Compte tenu de l’état dégradé de nombreux cours d’eau, les projets se multiplient dans les bassins hydrographiques français. Les techniques utilisées et les ambitions visées sont multiples (Morandi : 2017). Pourtant, par son objectif commun d’ « accompagner et faciliter le rétablissement d’un écosystème qui a été dégradé, endommagé ou détruit » (SER : 2004), la restauration semble fonder les prémisses de nouveaux rapports humains non-humains, voire d’une nouvelle politique de la nature (Latour : 2004). Pourrait-on alors considérer la restauration écologique comme une forme de ré-ensauvagement des rivières? Nous tenterons de répondre à cette question en nous appuyant sur l’analyse ethnographique de deux projets de restauration morphologique : sur le Vistre, dans la plaine de Nîmes, la rivière a été recalibrée et bétonnée au sortir de la guerre. Pour y remédier l’EPTB recrée depuis dix ans une rivière ex-nihilo. Sur le Gardon d’Anduze, au contrefort des Cévennes, les graviers manquent et découvrent la roche-mère. Ici, ni travaux, ni outils techniques : le syndicat achète des terres pour redonner un espace de liberté au cours d’eau. Par l’analyse de ces deux projets et des décisions a priori opposées qui s’en sont suivi, nous tenterons de saisir les difficultés techniques et anthropiques qui accompagnent la notion de ré-ensauvagement. Nous rendrons visible le fort contexte d’incertitude dans lequel sont construits ces projets du fait d’une connaissance des systèmes et des interactions écologiques balbutiante. Ces tâtonnements impliquent une dimension nécessairement expérimentale aux choix des ingénieurs comme des scientifiques : les projets de restauration correspondent-ils à un changement de paradigme ou à une nouvelle forme de pilotage et d’aménagement des cours d’eau (Kalaora : 2007) ? A cette complexité fonctionnelle, nous ajouterons les enjeux anthropiques propres aux rivières. Qu’il s’agisse d’usages ou de risques, les cours d’eau sont liés aux acteurs des territoires : leurs divagations difficilement prévisibles peuvent entrer en tension avec les activités. Ainsi, les projets de restauration soulèvent non seulement des problèmes techniques et économiques, mais ils interrogent aussi ce que doit être le rapport entre humains et non-humains. Quelle place est-on prêt à laisser à la rivière ? Quelle alliance souhaite-t-on bâtir entre vivant et non-vivant (Morizot : 2017) à l’ère de l’Anthropocène?

 

Flavio Monti – University of Siena, Department of Physical Sciences, Earth and Environment (Italie)

Natural and human-driven rewilding processes in a Mediterranean coastal region : the case of the Maremma region and the role of citizen science.

Lire la suite

The Mediterranean basin represents one of the most important biodiversity hotspots for its richness in term of species (often endemic) and ecosystems. Unfortunately, past and current threats have especially affected such habitats and hit populations showing features of endemism or being small/isolated with few possibilities to recover themselves in a natural time span. To cope with these issues, the establishment of a large network of protected areas together with the restoration of ecological corridors have allowed a rewilding process that made the numbers increasing again in many European countries/regions. Yet, the human intervention through a proactive management approach (e.g. via reintroduction, restocking) have further helped restore wildlife populations, with net benefits for entire communities. A series of examples of both natural and man-made rewilding processes are reported for the Maremma region, a Mediterranean coastal area of western central Italy, bordering the Tyrrhenian Sea. In the last years, the area known the recolonization of the wolf, the exponential increase of wintering grey-lag geese and common cranes, as well as thanks to recent reintroduction projects, the return of the osprey and of the Northern Bald Ibis. New technology tools and scientific research applied to conservation aim to mantain such fragile equilibria of human-wildlife coexistence. In a rapidly changing world where man over-exploits natural resources, to keep high people’s interest in nature is pivotal. In the framework of this wide concept, international research centers and local institutions have launched citizen science programs in Maremma to re-engage people with nature by promoting activities at the interface between science and society.

 

Sylvain Vrignaud – Auto-entrepreneur (expertises naturalistes)

La mulette perlière Margaritifera margaritifera, la forêt et le bois mort dans les rivières : exemple d’un ménage à trois composantes.

Lire la suite

De nombreuses espèces de mulettes affichent une nette régression sur tout leurs territoires. Ainsi, leur rôle d’espèce ingénieur a régressé voire disparu. C’est en particulier le cas de la mulette perlière Margaritifera margaritifera qui occupait, jadis, une place importante en raison de l’exploitation des perles.

Deux facteurs expliquent cette régression : le colmatage des sédiments et l’instabilité de ceux-ci. Le premier peut être d’origine biologique (développement d’un floc bactérien à la surface de l’eau lié à la charge en nutriments) ou physique (dépôt de vase, limon et sable). Ces aspects doivent être appréhendés à l’échelle du bassin versant. Quant à l’instabilité sédimentaire, elle est accrue par les aménagements de berges (enrochements, remblais…), mais aussi par le développement des arbres en bordure de cours d’eau qui viennent renforcer les berges.

Cependant, l’étude des bassins versant fait ressortir l’effet tampon et modulateur des forêts où qu’elles soient. En outre, arrivés à maturité, les arbres situés en ripisylves doivent naturellement tomber dans la rivière. Cette accumulation de bois mort assure une hétérogénéité spatio-temporelle des sédiments permettant à la fois de remédier le colmatage (au minimum partiellement) et l’instabilité sédimentaire.
La nature férale (ré-ensauvagement spontané et non choisi) devrait contribuer à cet effet.

Toutefois, l’article L215-14 du code de l’environnement stipule que l’entretien de la rivière incluant l’enlèvement des embâcles est une obligation. Les raisons principales de cette obligation reposent sur des risques en matière de génie civil et de sécurité publique. Heureusement, il existe des solutions techniques permettant de limiter ces risques qui nécessiteraient d’être prises.

 

Nicolas Poulet – Agence Française pour la Biodiversité

De la continuité écologique et de sa restauration.

Lire la suite

La fragmentation des habitats est considérée comme l’une des principales causes de l’érosion de la biodiversité. Cette pression est particulièrement prégnante dans le cas des cours d’eau où les barrages et autres seuils entravent les mouvements des poissons. Si cela semble particulièrement évident pour les espèces amphihalines emblématiques des grandes migrations comme le saumon atlantique Salmo salar, l’anguille Anguilla anguilla ou encore les aloses Alosa sp., la question se pose aussi pour les espèces dites holobiotiques qui, bien qu’accomplissant leur cycle en eau douce, ont des habitats de reproduction distincts des zones de repos et de nutrition. Par ailleurs, la question ne concerne pas uniquement les obstacles aux mouvements longitudinaux mais aussi ceux qui, comme les digues, contraignent les mouvements latéraux vers les annexes fluviales, zones de nurseries privilégiées pour de nombreuses espèces. Enfin, au-delà de l’accomplissement du cycle de vie à l’échelle individuelle, la fragmentation des cours d’eau impacte aussi les processus de dispersions et de fait la capacité des populations à s’adapter aux rapides évolutions climatiques en cours, augmentant les risques d’extinctions locales.

En France, où sont répertoriés plus de 100000 obstacles sur le réseau hydrographique, des dispositions réglementaires ont été mises en place de façon à ne pas dégrader ou à restaurer la continuité écologique. Ainsi les obstacles situés sur certains cours d’eau classés au titre du L214-17 (CE) doivent, dans un délai de 5 ans, permettre aux poissons de rejoindre les habitats nécessaires à l’accomplissement de leur cycle de vie. Cela suppose donc soit l’effacement de l’obstacle ou à défaut, son aménagement avec des dispositifs de franchissement à la montaison voire à la dévalaison. Cette dernière solution doit être considérée non pas comme une solution de restauration mais de mitigation de l’impact de l’obstacle concerné et fait appel à une ingénierie complexe basée sur l’écohydraulique.

Cette politique de restauration de la continuité écologique est combattue par certains acteurs : outre les dépenses qui incombent aux propriétaires des obstacles concernés (une part étant prise en charge par les finances publics), elle est considérée par certains comme incompatible avec d’autres enjeux comme le développement de l’hydroélectricité (première énergie renouvelable en France) ou la préservation du patrimoine culturel et paysager. Au plus fort des débats, c’est l’impact même des obstacles qui a été discuté et remis en question au travers de différents arguments dont certains basés sur des publications scientifiques.

 

Session 2 : Ré-ensauvagement : quelles contraintes, quelles méthodes ?

Ouverture :

  • Laetitia Navarro (en visioconférence) : secrétaire exécutif de GEO BON (Group on Earth Observations – Biodiversity Observation Network), Conservation Letters – Rewilding : a call for boosting ecological complexity in conservation (https://onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1111/conl.12374), livre « Rewilding European Landscapes » avec Henrique M. Pereira.

  • François Sarrazin : Professeur de l’Université Pierre et Maire Curie (UPMC, Sorbonne Universités) et chercheur à l’UMR 7204 Conservation des espèces, Restauration et Suivi des Populations MNHN-CNRS-UPMC, Paris. Ses travaux portent sur la conservation de la biodiversité avec un intérêt particulier sur la restauration de populations viables par réintroduction.

Conférences :

Nicolas Poulet- Agence Française pour la Biodiversité 

De la continuité écologique et de sa restauration.

Lire la suite

La fragmentation des habitats est considérée comme l’une des principales causes de l’érosion de la biodiversité. Cette pression est particulièrement prégnante dans le cas des cours d’eau où les barrages et autres seuils entravent les mouvements des poissons. Si cela semble particulièrement évident pour les espèces amphihalines emblématiques des grandes migrations comme le saumon atlantique Salmo salar, l’anguille Anguilla anguilla ou encore les aloses Alosa sp., la question se pose aussi pour les espèces dites holobiotiques qui, bien qu’accomplissant leur cycle en eau douce, ont des habitats de reproduction distincts des zones de repos et de nutrition. Par ailleurs, la question ne concerne pas uniquement les obstacles aux mouvements longitudinaux mais aussi ceux qui, comme les digues, contraignent les mouvements latéraux vers les annexes fluviales, zones de nurseries privilégiées pour de nombreuses espèces. Enfin, au-delà de l’accomplissement du cycle de vie à l’échelle individuelle, la fragmentation des cours d’eau impacte aussi les processus de dispersions et de fait la capacité des populations à s’adapter aux rapides évolutions climatiques en cours, augmentant les risques d’extinctions locales.

En France, où sont répertoriés plus de 100000 obstacles sur le réseau hydrographique, des dispositions réglementaires ont été mises en place de façon à ne pas dégrader ou à restaurer la continuité écologique. Ainsi les obstacles situés sur certains cours d’eau classés au titre du L214-17 (CE) doivent, dans un délai de 5 ans, permettre aux poissons de rejoindre les habitats nécessaires à l’accomplissement de leur cycle de vie. Cela suppose donc soit l’effacement de l’obstacle ou à défaut, son aménagement avec des dispositifs de franchissement à la montaison voire à la dévalaison. Cette dernière solution doit être considérée non pas comme une solution de restauration mais de mitigation de l’impact de l’obstacle concerné et fait appel à une ingénierie complexe basée sur l’écohydraulique.

Cette politique de restauration de la continuité écologique est combattue par certains acteurs : outre les dépenses qui incombent aux propriétaires des obstacles concernés (une part étant prise en charge par les finances publics), elle est considérée par certains comme incompatible avec d’autres enjeux comme le développement de l’hydroélectricité (première énergie renouvelable en France) ou la préservation du patrimoine culturel et paysager. Au plus fort des débats, c’est l’impact même des obstacles qui a été discuté et remis en question au travers de différents arguments dont certains basés sur des publications scientifiques.

Fabrice Houngnandan – MARBEC / ISEM

Quelle influence relative des pressions anthropiques et des variables environnementales sur la configuration spatiale des herbiers sous-marins à posidonie en France ?

Lire la suite

Les changements globaux affectent la planète entière à toutes les échelles, terrestres et marines. Les herbiers de posidonie, Posidonia oceanica (Linnaeus) Delile sont une biocénose marine d’une grande importance écologique et économique. Posidonia oceanica est une espèce protégée, endémique de la mer Méditerranée et un indicateur de la qualité écologique des eaux côtières, car les changements dans sa répartition spatiale reflètent les changements de conditions environnementales. La couverture spatiale des herbiers de posidonie a fortement diminué au cours des cinquante dernières années, en raison notamment de la multiplication des activités humaines le long des côtes. Toutefois, la part de l’influence des facteurs environnementaux qui peuvent être liés ou pas aux activités humaines n’a pas été recherchée à ce jour.

Dans cette étude, nous avons testé l’influence relative (et les interactions possibles) des pressions côtières anthropiques à savoir (urbanisation, population côtière, aménagement, agriculture, érosion côtière, rejets urbains, pêche, aquaculture, mouillage) ; (données Holon et al, 2015) et des variables environnementales à savoir la température de surface, la salinité, la turbidité et la chlorophylle a de l’eau de mer (données PREVIMER) sur la composition et configuration des herbiers de posidonie dans la mer Méditerranée française (données issues de Medtrix, projet DONIA expert). Des descripteurs de paysage de composition et de configuration spatiale ont été calculés pour différentes tailles de cellules (400 mx 400 m; 200 mx 200 m, 100 m x 100 m), entre 0 et 40 m de profondeur sur 1800 km de côtes méditerranéennes françaises (Continent + Corse). Une approche par Random Forest (algorithme d’apprentissage automatique) a été utilisée pour expliquer les descripteurs de paysage par les facteurs anthropiques et environnementaux.

Avec un modèle qui explique 87% de la variance globale, nos résultats montrent un effet très important des variables et notamment des facteurs environnementaux sur le déclin et la cohésion des patchs des herbiers de P. oceanica. L’identification des points seuils pour toutes les variables environnementales montre que l’influence est non linéaire. Une visualisation spatiale permet de situer des herbiers dans des zones où les conditions environnementales sont favorables et d’autres dans des conditions environnementales défavorables. En conditions environnementales défavorables, les herbiers sous-marins sont plus sensibles aux pressions humaines. L’impact humain sur la régression de la surface des herbiers marins et leur organisation spatiale est clairement démontré en lien avec l’environnement local et il est important de définir les zones prioritaires pour les actions de conservation.

Emmanuelle Corolleur – Agence Régionale de la Biodiversité Ile de France

Premier état des lieux des mesures compensatoires en Île de France 

Lire la suite

La compensation est devenue l’un des principaux leviers d’actions dans le domaine de la conservation de la biodiversité. C’est la dernière étape de la séquence ERC, et pourtant, elle prend souvent le dessus par rapport à l’évitement. En 2016, la loi se durcit avec la loi pour la reconquête de la biodiversité et demande « un objectif de non perte nette et une obligation de résultat ».

Cette étude synthétise les différents types de compensation réalisés (création de milieux/restauration/changement des pratiques de gestion) et leur proportion. Une phase de terrain permettra d’évaluer la fonctionnalité des mesures mises en place (depuis 2010) ainsi que leur pertinence par rapports aux impacts d’un projet d’aménagement. Plus de 15 sites ont été visités sur la période de Mars à Aout 2019. L’objectif final est d’aboutir à un recueil de retours d’expériences qui permettra aux aménageurs de mieux réaliser les mesures compensatoires et de manière plus cohérentes.  Cette phase de terrain permettra aussi mettre en évidence les limites liées à la séquence ERC et les dérives qu’elle engendre. 

 

Mathieu Lapinski – Seeboost

REXCOR : Restauration EXpérimentale des petits fonds de la calanque de CORtiou dans le Parc national des Calanques.

Lire la suite

L’exutoire des eaux usées de la ville de Marseille rejette depuis 1896 dans la calanque de Cortiou les eaux usées de l’agglomération. A partir de 1979, les eaux de l’Huveaune et du Jarret ont été déviés par temps sec vers ce même exutoire. Ces rejets ont impacté durablement les petits fonds de ce secteur des Calanques qui, depuis avril 2012, se trouve dans le périmètre classé du cœur marin du Parc national des Calanques. La création en 1987 d’une station d’épuration physico-chimique puis son extension biologique en 2008, traitant les eaux usées des 16 autres communes du bassin versant, ont conduit à une amélioration significative de la qualité des eaux au niveau de l’exutoire. Ces travaux ont permis de maîtriser les pressions sur le milieu mais les processus de remédiation naturelle sont lents et contraints par la disponibilité et la qualité du substrat dur (filtres potentiellement majeurs pour la recolonisation du site par des cortèges d’espèces caractéristiques des petits fonds rocheux).  La modernisation de la station d’épuration de la ville de Marseille a permis d’envisager une action expérimentale de restauration écologique par l’immersion de différents outils de recréation d’habitats, le projet REXCOR. Les différents suivis en cours mettent en évidence que la calanque de Cortiou n’est pas une zone morte et que l’apport de nouveaux substrats pourrait permettre localement la restauration de certaines fonctions écologiques. La trajectoire finale des écosystèmes restaurés, actuellement en cours d’évolution, reste toujours inconnue et pourrait varier entre les sites en fonction de différents paramètres tels que la distance au rejet, l’orientation par rapport aux courants dominants et l’orientation du substrat.

Antonin Guilbert – Andromède Océanologie

Restauration écologique des communautés des récifs coralligènes de saint Jean Cap Ferrat.

Lire la suite

Parmi les écosystèmes les plus riches de Méditerranée figurent les récifs coralligènes dénommés ainsi pour le corail rouge qu’ils abritent. Ce sont des habitats d’intérêt communautaire (Directive 92/43/CEE) dont la conservation requiert la désignation de zones de conservation spéciale au niveau européen (dites « zones Natura 2000 »). Servant de support de fixation et d’habitat pour de nombreux organismes, les récifs coralligènes présentent une richesse, une biomasse et une productivité équivalent à celles des assemblages de récifs coralliens tropicaux.

L’émissaire de la Causinière situé à Saint Jean Cap Ferrat, construit en 1975, a un diamètre de 500 mm et une longueur de 518 mètres. Il traverse différents habitats (roches infralittorales, récifs coralligènes, fonds meubles) avant de déboucher à 104 mètres de profondeur. Il a subi de gros travaux de réhabilitation en 2007 qui ont entrainé un ensevelissement d’une partie du récif coralligène tuant la plupart des espèces fixées et empêchant tout nouveau recrutement. En 2018, le projet RESCOR s’est attelé à la restauration des communautés des récifs coralligènes du Cap Ferrat (site Natura 2000 Cap Ferrat) en commençant par une étude initiale de caractérisation des communautés et du sédiment puis une aspiration de sédiment au niveau de l’émissaire de la Causinière et enfin un suivi temporel après restauration. L’enlèvement du sédiment a permis de remettre à nu le récif biogénique pour le rendre disponible à la recolonisation par les assemblages d’espèces du coralligène. Un suivi par photogrammétrie permet de se rendre compte de l’ampleur de la tâche et de suivre la recolonisation en 3D.

Guilhem Marre – Andromède Océanologie / UMR MARBEC / UMR TETIS

Suivi de communautés coralligènes par des réseaux de neurones convolutifs.

Lire la suite

Les récifs coralligènes sont formés par l’accumulation d’algues encroûtantes et d’animaux bioconstructeurs (polychètes, bryozoaires, gorgones) et représentent l’unique formation calcaire d’origine biologique en Méditerranée. Leur richesse, biomasse et productivité sont similaires à celles des récifs coralliens tropicaux, et ils sont considérés comme le second hotspot de biodiversité en Méditerranée. Si les récifs les plus profonds, autour de 100 mètres de profondeur, sont relativement épargnés par les pressions anthropiques, les récifs côtiers moins profonds (20-30 mètres) sont beaucoup plus exposés. Le suivi de ces habitats naturels complexes et fragiles est important pour la définition de mesures de gestion efficaces. L’étude de la composition des assemblages coralligènes se fait par méthode photographique, compte tenu des contraintes physiologiques de la plongée et du peu de temps disponible sous l’eau. L’analyse des images requiert des compétences taxonomiques rares, et le travail d’inventaire est long et fastidieux. Riche d’une base de données de près de 700 000 annotations expertes, nous avons entraîné un algorithme basé sur des réseaux de neurones convolutifs dans le but d’automatiser le travail d’identification et de pouvoir suivre les peuplements plus finement, notamment dans le cas de recolonisations de sites perturbés, et à plus grande échelle sur toute la façade méditerranéenne. Si l’algorithme fonctionne globalement bien, il est cependant limité à reconnaître les espèces présentes dans la base de données d’apprentissage, et les photos qu’il est capable d’analyser doivent correspondre à une qualité similaire à celle de la base d’entraînement (qualité de l’appareil photo, méthode de prise de vue, conditions de visibilité).

Philippe Lenfant – Université de Perpignan / CEFREM

Repeuplement de juvéniles de poissons par Post-larval Capture and Culture (PCC).

Lire la suite

La perte de biodiversité résulte de causes multiples et sont principalement dues aux activités humaines. La dégradation de l’habitat, la surexploitation des ressources naturelles, le changement climatique, les espèces envahissantes et la pollution sont reconnues comme les plus importantes d’entre elles. En raison de leurs forts enjeux économiques, de nombreuses activités humaines se sont néanmoins développées en zones côtières, entraînant une urbanisation croissante de la côte. En Europe, et en particulier sur les rives de la Méditerranée, les activités humaines (dont les ports de plaisance) ont modifié le littoral. La conséquence majeure est la transformation et / ou la destruction de l’habitat reconnu comme une menace majeure pour les écosystèmes et leurs fonctions. Une des conséquences étudiées depuis près de 7 ans en Méditerranée est la perte de la fonction de nurserie dans ces zones portuaires. Ce manque d’habitat rompt le cycle naturel de vie des poissons côtiers, en rendant le stade juvénile trop vulnérable à la prédation.

La création de zone de conservation est une solution. Mais créer des Aires Marines Protégées sur tout le littoral est impossible malgré la création de vastes zones de protection marines. Des solutions alternatives basées sur la restauration écologique doivent donc être proposées. Une de ses solutions est aujourd’hui déployée en Méditerranée. Il s’agit de la PCC (Capture et de Culture post-larvaire) qui consiste à capturer des post-larves avant leur installation et leur destruction massive à la côte et à les élever, sans domestication, avant de les réintroduire dans le milieu. Selon cette méthode, les individus élevés ont déjà subi une sélection naturelle et leur capture (faible ratio « arrivée/capture »), n’impacte pas l’écosystème. Elle apparaît donc comme une solution de récupération durable et respectueuse de la biodiversité, conforme au principe de l’aide à l’écosystème. La méthode utilisée est la suivante (i) des captures des post-larves par piège lumineux, (ii) une phase de croissance des post-larves dans des aquariums afin d’éviter une forte prédation pendant leur colonisation à la côte; (iii) un repeuplement ultérieur des juvéniles grossis sur des sites propices. Des marquages et des suivis de ces juvéniles ont été réalisés et les résultats présentent des taux de revisualisation de l’ordre de 31% à 50% un mois après, alors que la survie naturelle des post-larves  n’est de l’ordre que de 10 % environ. Le potentiel de cette méthode est donc important surtout dans des sites ayant subi des fortes diminutions de population.

Serge Bernard – UMR / CNRS / UM

Biologging avec suivi physiologique sur grands pélagiques. 

Lire la suite

Les écosystèmes marins subissent des pressions anthropiques de plus en plus importantes, dans un contexte de changement climatique qui accroît leur sensibilité à ces perturbations. La question de la durabilité des écosystèmes marins n’a ainsi jamais été aussi prégnante. Notre compréhension de ces écosystèmes, pour la plupart toujours non explorés, est cependant limitée par la difficulté d’observer ces milieux extrêmes. Les solutions de biologging qui consistent à équiper des animaux de dispositifs de suivi est une source très intéressante d’informations permettant d’améliorer la connaissance sur les animaux « taggés » ou de se servir de ces animaux comme simples supports de transport du dispositif de mesure. 

Gilles Despaux – IES, UMR CNRS 5412

ASTRONOTE: Antarctic Seabird hearT-Rate mONitoring thrOugh egg instrumentation

Lire la suite

In the context of climate change, studying animal behavior is crucial to understand how individuals or populations live and survive in their natural environment and adapt themselves to a new/changing environment. Birds are among the most studied vertebrate organisms as they are often top predators, and may be considered as sentinels. This is particularly true for seabirds that have strong constraints and limited time to raise offspring.

Petrels are seabirds of the procellariform order. Among them, burrowing petrels nest in sub-Antarctic islands in self-made underground burrows. Their anti-predatory strategies include nesting underground in solid burrows covered by plants, accessing the colony in moonless nights, reducing acoustic communication, using olfactory communication instead, singing only underground probably in a way in which the sound source can hardly be identified by bird predators. As many sub-Antarctic seabirds, petrels suffer climate changes (e.g. changing distribution of food resources, changes in the season cycle, temperature increasing etc.). In particular burrowing petrels suffer dryness causing drastic reduction in the plant cover of the colonies.

Studying communication among individuals, and the quality of their signals becomes thus fundamental. In animals that cannot be directly observed, only objective physiological responses such as heart rate are relevant. To date, no devices are available to do correctly this research. To meet this goal, the ASTRONOTE project (Antartic Seabird hearT-Rate mONitoring thrOugh egg instrumentation) was launched in late 2018 as a collaboration beween CEFE, UMR 5175, and the IES, UMR 5214. Funded by the NUMEV Labex, this project aims to the manufacturing of a specific device to be used while testing incubating birds with stimuli such as calls, odors, and/or vibrating stimuli, simulating for instance a predator walking close to the nest. The manufactured device will allow the monitoring of the physiologic response of the tested birds through the recording of heart rate modifications.

The presentation will deal with the first stages of the project. The context of the petrel international study will first be presented. The conception and technological choices made in the design of the monitoring device will then be exposed. In particular, to monitor very small acoustical signals MEMS accelerometers are being connected to a STM32 micro-controller. These devices have been chosen for their large stability a very low consumption. They will then be introduced in an egg similar to that of the birds in a way to record their response to stimuli they will receive while incubating.

Xavier Fortuny – ADENA – Réserve Naturelle Nationale du Bagna

La Réserve du Bagnas : fonctionnement naturel ou gestion maîtrisée ? 

Lire la suite

Le site du Bagnas est un espace naturel littoral remarquable qui a justifié son classement en Réserve Naturelle Nationale et site Natura 2000. La valeur biologique de ce site est en grande partie liée à la présence de lagunes méditerranéennes qui accueillent une riche biodiversité à la fois floristique et faunistique. L’Étang du Bagnas, en particulier, constitue une zone d’hivernage majeure au niveau régional pour de nombreuses espèces d’oiseaux d’eau.

L’Etang du Bagnas a longtemps été exploité par l’homme, notamment pour la pisciculture et la production de sel. Cet étang a ainsi fait l’objet de nombreux aménagements destinés à gérer les niveaux d’eau en fonction des besoins de production.

A l’heure actuelle, l’Etang du Bagnas fait l’objet d’une gestion hydraulique destinée à préserver les enjeux de biodiversité identifiés, en particulier avifaunistiques. Cette gestion consiste principalement à gérer les entrées et les sorties d’eau à l’aide de vannes (martelières) afin de maintenir des niveaux d’eau compatibles avec les exigences des espèces. Ainsi, les niveaux d’eau sont maintenus relativement hauts en hiver afin de favoriser le stationnement des espèces d’oiseaux d’eau hivernantes. Au début du printemps, les niveaux d’eau sont baissés artificiellement afin de permettre la nidification des espèces de roselières comme le Héron pourpré.

Une réflexion est actuellement en cours concernant la gestion future du site. Se pose en effet la question de maintenir une gestion hydraulique active ou au contraire de tendre vers un fonctionnement naturel.

Le scénario de gestion passive devrait entraîner une modification des conditions écologiques de l’Etang du Bagnas qui se caractériserait notamment par une augmentation probable de la salinité des eaux. Ce changement des conditions écologiques devrait entraîner une modification plus ou moins importante de la biocénose de la lagune. Un tel choix de gestion doit donc s’accompagner de la mise en place d’indicateurs permettant de suivre l’état du milieu.

Les herbiers de macrophytes constituent de très bons indicateurs des conditions écologiques des lagunes méditerranéennes. Ainsi, les variations de surface de ces herbiers peuvent renseigner le gestionnaire sur l’incidence des modes de gestion sur ces milieux.

La télédétection est un outil particulièrement adapté pour le suivi des herbiers de macrophytes. Une étude réalisée en 2018 a ainsi permis de mettre en place une méthode de suivi de la dynamique spatio-temporelle de l’herbier de l’Etang du Bagnas. Cette méthode sera mise en œuvre dans les prochaines années afin d’évaluer la pertinence des choix de gestion retenus. 

 

Herve Mugnier – MIND

Les ruches de biodiversité, une alternative pour la sauvegarde de l’abeille 

Lire la suite

En apiculture,  l’idée saugrenue que les abeilles, présentes sur terre depuis plusieurs millions d’année, auraient besoin de nos « bons » soins pour exister a fini par s’imposer ! Or, on ne peut que constater que nos mauvaises pratiques (apicoles, agricoles, industrielles et d’autres touchant à la destruction d’un environnement sain) les condamnent à une disparition rapide. [P.Bertrand – Blue bees]

L’uniformisation des types de ruches et des races d’abeilles pour miser sur la productivité ont affaibli la résistance des colonies face aux problématiques multifactorielles auxquelles elles sont confrontées.

L’idée des ruches de biodiversités est née de ce constat et propose des gîtes « sauvages », afin de reconstituer le patrimoine éco-biologique. Des ruches plus proches de leur habitat naturel et aussi limiter les interventions au strict minimum en les laissant évoluer seules.

Quelles en sont les contraintes et les méthodes pour la mise en place d’un grand réservoir d’abeilles « sauvages » ?

 

Les Posters

Marc Michelot – Association ARTHEN

Le Tarpan, un disparu qui a de l’avenir !

Lire la suite

Un sauvetage méconnu :

Survivants à l’éradication du Cheval sauvage européen Equus ferus ayant vécu durant l’holocène, des chevaux sauvages ont fréquenté certaines régions d’Europe orientale jusqu’à une époque récente. Une souche de ces « tarpans », ayant conservé nombre de caractères primitifs malgré leur métissage avec les chevaux domestiques arrivés au néolithique, a été sauvée en Pologne au début du 20ème siècle. Une première tentative de réintroduction fut tentée dans les années 30 par le Pr Tadeusz Vetulani dans la forêt de Bialowieza, concomitamment avec le bison d’Europe. Interrompu par la seconde guerre mondiale ce projet ne fut pas repris par les polonais qui préférèrent valoriser les survivants de cette expérience dans un cadre national et hippologique. Le tarpan devint le Konik Polski, « petit cheval polonais » ! Cette appellation ambiguë ne fait pas référence à l’origine sauvage de cette souche. Par ailleurs, l’appellation tarpan reste valide car elle ne fait pas référence au véritable cheval sauvage disparu probablement dès le néolithique.

Quoiqu’il en soit, un groupe de « koniks », conservé dans des conditions naturelles, a été à l’origine de la « réintroduction » de cet équidé dans différentes réserves européenne, en particulier aux Pays Bas où il s’inscrit dans un processus de « dédomestication » et où il participe aux expériences de pâturage naturel, voire de rewilding, en compagnie d’autres grands herbivores.

Un phénotype sauvage caractéristique : 

Le phénotype du tarpan est particulièrement caractéristique : Taille réduite, robe grise, marques noirâtres communes à d’autres équidés sauvages et visibles sur certaines représentations pariétales du paléolithique.

Le tarpan, « gestionnaire » et animateur du territoire :

Sa grande résistance naturelle et ses capacités d’adaptation aux milieux les plus divers sont des atouts remarquables pour un « gestion » naturelle de la biodiversité. On remarquera en particulier l’absence de tout traitement antiparasitaire, très toxique pour la petite faune, et une présence permanente sur les sites induisant une action importante sur la végétation buissonnante en période hivernale.

Enfin, à l’instar de quelques expériences européennes portées notamment par l’ONG Rewilding Europe, le tarpan pourrait favoriser un nouveau développement économique axé sur l’écotourisme de vision fondé sur le retour au sauvage.

En France le Projet Tarpan vise à valoriser ce cheval primitif autour de l’ensemble de ses potentialités et à conforter le type primitif par rétro-sélection (reprise du travail de T. Vetulani)

Amandine Ramos et Marc Michelot : Le bison d’Europe réapparaît en Europe occidentale :

Durant l’Holocène, le bison d’Europe (Bos bonasus) occupait la plus grande partie du continent européen avant que l’homme ne le relègue dans quelques massifs forestiers orientaux à partir du moyen âge. La dernière population sauvage est exterminée en forêt de Bialowieza, en Pologne, en 1919.

Lire la suite

Avec une douzaine d’animaux conservés en captivité, un programme de restauration de l’espèce à l’état sauvage a pu être réalisé à partir de 1952. Grâce à un plan de conservation international le bison d’Europe peut être aujourd’hui considéré comme sauvé avec plus de 5000 individus dont environ la moitié en liberté, essentiellement en Europe orientale.

Sa réputation d’animal strictement forestier provient d’un confinement artificiel dans ce type de milieu afin notamment de protéger les cultures. Néanmoins, dans un contexte naturel, le bison en tant que plus grand mammifère terrestre européen, est un véritable « ingénieur du paysage » qui contribue au maintien d’espaces ouverts qu’il affectionne tout autant que la forêt.

C’est à ce titre qu’il a été récemment réintroduit dans quelques réserves clôturées des Pays Bas et en particulier dans les dunes de la réserve de Kraansvlack, à l’Ouest d’Amsterdam. Les premiers suivis de son adaptation et de son impact sur la végétation de ce milieu dunaire, considéré a priori comme atypique, confirme sa plasticité écologique. Dans une région à forte densité de population, la présence de cette espèce spectaculaire constitue par ailleurs un pôle attractif indéniable.

Dans un contexte plus attendu, le bison d’Europe a fait l’objet en 2013 d’une réintroduction en « liberté surveillée » dans le massif forestier du Rothaar en Allemagne occidentale (Rhénanie du Nord – Westphalie). Cette réintroduction a fait l’objet d’une longue préparation tant sur les plans scientifique et zootechnique que socio-économique et touristique. Le groupe de bisons, dont la population est volontairement limitée, évolue librement sur une dizaine de milliers d’ha de forêt productive mise à disposition par un grand propriétaire. Les bisons libres restent très discrets en forêt mais un enclos de vision permet au public d’observer l’animal.

A moins de 100 km de la plus grande concentration urbaine d’Europe (Ruhr), cette expérience montre que le bison d’Europe en liberté n’est pas réservé aux « grands espaces inoccupés ». Des projets de ce type existent également en Suisse et en Espagne.

Quelles perspectives pour la France, où seuls deux enclos à vocation touristiques accueillent pour le moment cette espèce emblématique ?

Agathe Blandin – Andromède Océanologie

Ré-ensauvagement passif en milieu marin : cas de l’herbier de Posidonie en Baie de Cavalaire-sur-Mer.

Lire la suite

La Mer Méditerranée ne représente que 0,8% de la surface de l’océan mondial et pourtant elle abrite 8 % des espèces marines connues : on parle de point chaud ou « hot spot » de biodiversité. Long de ses 1700 km, le littoral méditerranéen français est malheureusement le plus artificialisé de France (61% ; 92% pour les Alpes Maritimes). L’essentiel de la biodiversité méditerranéenne marine est concentré à l’Ouest du bassin, et dans les petits fonds (0-50 mètres) là où l’impact des pressions anthropiques se fait globalement le plus ressentir : croissance démographique, urbanisation, surpêche, pollution, tourisme de masse.

Les herbiers à Posidonia oceanica sont reconnus comme particulièrement importants en termes de biodiversité, productivité et services écosystémiques rendus (PNUE/PAM 2009). Bien qu’ils occupent une surface restreinte, 1-2% des fonds (Rico-Raimondino, 1995; Pasqualini, 1997) ils constituent la biocénose la plus complexe de Méditerranée et leur rôle écologique est majeur (production primaire benthique, production d’oxygène, lieu de frayère, protection de la côte contre la houle…).

Les exigences écologiques de cette espèce endémique de Méditerranée en font également un excellent bio-indicateur pour suivre la qualité de l’eau (Pergent et al., 2015) et l’état écologique des masses d’eau côtières (DCE, 2000/60/CE). Très présent le long du littoral, cet habitat subit de fortes régressions principalement à cause des aménagements côtiers, de la pression d’ancrage et de la pollution des eaux. Cependant, des observations de reprise naturelle d’herbier ont été faites dans des zones fortement dégradées en région PACA, notamment en Baie de Cavalaire-sur-Mer suite à la construction d’un émissaire en mer en 1974.

Du fait de son accessibilité, le milieu marin est plus complexe à étudier que le milieu terrestre. Les moyens techniques nécessaires sont également souvent plus coûteux et la mise en place peut être très chronophage. Cependant, de nombreux projets de suivi et de restauration des habitats marins méditerranéens existent. Cette communication orale visera à décrire les méthodes utilisées pour étudier et comprendre l’évolution de l’herbier de Posidonie en Baie de Cavalaire-sur Mer, puis à exposer les bienfaits de ce ré-ensauvagement passif.

Otmane Maameri – Club vert de l’office de tourisme

Nous souhaitons attirer l’attention des organismes chargés de la protection et la préservation des zones humides, pour nous aider à classer notre complexe de zones humides  »Sanhadja-guerbes » comme parc naturel.

Laurent TATIN – Association pour le cheval de Przewalski : TAKH

L’association pour le cheval de Przewalski : Takh, œuvre depuis 26 ans dans l’élevage conservatoire de cette espèce au Villaret (Lozère) et de sa réintroduction à Seer (Mongolie).

Lire la suite Le poster retrace les étapes majeures du projet, depuis sa création et l’arrivée des chevaux fondateurs depuis les parcs zoologiques européens,  jusqu’au développement actuel, en passant par les réintroductions et les publications scientifiques produites. Deux évènements récents sont remarquables : 1) la population mondiale réintroduite compte aujourd’hui plus de 500 individus, ce qui a permis d’améliorer le statut de conservation de cette espèce emblématique ; 2) le programme de réintroduction initié à Seer a été transféré à une association Mongole (Khomyn talyn takhi) qui œuvre pour la création d’un parc national et le développement des communautés locales. Ce retour d’expérience est aussi une occasion d’illustrer 1) comment les résultats de suivis scientifiques sont utilisés pour la gestion à la fois des populations captive et réintroduite, et de leur habitats; et 2) la complémentarité du travail

ex situ et in situ pour la conservation.

IVALDI Paul – SATT AxLR

Audiolog : un outils de monitoring acoustique fiable et bas coût pour les études bioacoustique à large échelle

Lire la suite

Le monitoring acoustique passif (MAP) est une méthode simple pour les études de biodiversité, en particulier sur de vastes échelles géographiques. Cependant, les outils disponibles actuellement ne satisfont pas entièrement aux besoin des écologues. En particulier leur coût et leur autonomie énergétique limite fortement leur déploiement et par conséquent leur utilisation massive. L’Audiolog a été conçu pour répondre à cette problématique : il s’agit d’un enregistreur acoustique miniaturisé, bas coût disposant d’une autonomie énergétique accrue. L’utilisateur peut programmer les fréquences d’échantillonnage, les sensibilités et les plages horaires de fonctionnement grâce à une interface dédiée et une connexion USB. l’Audiolog présente aussi une conception robuste avec un boitier étanche prévu pour une utilisation en conditions difficiles. Enfin, la qualité d’enregistrement est démontrée suffisante pour plusieurs cas d’utilisations visés faisant de l’Audiolog un outil complémentaire à l’existant, élargissant les échelles géographiques accessibles pour les études basées sur le monitoring acoustique passif.